Rencontrer ses mémoires
Se donner le droit d'exister : accueillir, sentir, se relier
Sur un chemin de conscience, on parle souvent de guérison, de purification, de transformation intérieure, voir encore de transcendance, d'élévation. On cherche à dépasser des mémoires, à se libérer de souffrances anciennes, à devenir plus aligné, plus lumineux, plus en paix. C'est naturel et c'est humain. Personne ne souhaite rester dans la douleur.
Mais parfois, à force de vouloir « aller mieux », on entre sans s'en rendre compte dans une course intérieure. On veut transformer plus vite, comprendre plus vite, changer plus vite. On observe ce qui ne va pas, on cherche le « résultat », et on se met à tourner en rond, à stagner, à rester coincer dans une mémoire, dans une douleur, dans une problématique.
C'est là qu'une question essentielle se pose :
Quelle est mon intention première quand je vais à la rencontre de mes mémoires ?
Transformer, ou rencontrer ?
Quand l'intention est « je veux transformer », alors automatiquement :
- on se met la pression
- on se compare
- on se juge
- on attend un résultat
- on repousse inconsciemment ce qui souffre en nous
Et à force d'essayer de « s'améliorer », on finit parfois par se couper de soi. On cesse d'exister pour ce qui est, ce qui existe à ce moment là.
Lorsque la mémoire devient quelque chose à corriger, à nettoyer, à dépasser, alors elle ne peut pas s'ouvrir. Elle se contracte, un mécanisme peut s'enclencher en nous pour se protéger.
L'intention juste : la rencontre
La transformation profonde ne naît pas d'une volonté de changer. Elle naît de l'humilité de reconnaître ce qui est là.
Une mémoire est une part de nous qui a été blessée, qui est en souffrance. Elle est vivante, elle porte une histoire, une émotion, une expérience. Elle ne demande pas de disparaître, elle demande d'être vue, d'être entendue, d'être reconnue.
Comme un enfant qui pleure ou une amie qui souffre : tu ne lui dis pas « allez, ça suffit, arrête ». Tu le prends dans les bras. Tu dis « je te vois, je comprends pourquoi tu as mal ».
Et déjà, quelque chose se détend, qui ouvre un espace sacré.
Créer un espace de présence
Rencontrer une mémoire, c'est offrir :
- du temps
- de l'espace
- de la douceur
- de la patience
- de la présence
C'est accepter que ce que je ressens a sa raison d'être.
C'est dire intérieurement :
« Je ne te repousse pas. Je ne cherche pas à te corriger. Je suis là, pour toi sans jugement de bien et de mal. Je t'écoute. Je marche avec toi. Je t'autorise à ressentir et je te dis ce que tu ressens est vrai. »
Et quand cet accueil est vrai, sincère, humble, alors la transformation vient d'elle-même. Pas parce que je l'ai provoquée. Parce que je l'ai permise.
La transformation est un mouvement naturel
Lorsque l'on accueille une mémoire avec amour, elle se détend, on lui donne de l'espace pour se révéler, pour s'exprimer et ainsi on la laisse traverser puis elle se transforme sans que l'on cherche à la transformer, parfois en quelques minutes, parfois en quelques jours, parfois lentement, au fil du temps.
Ce qui se transforme alors n'est pas seulement un souvenir émotionnel. C'est la relation que j'entretiens avec moi-même.
On ne cherche plus à devenir parfait. On se reconnaît comme un être en chemin. Et le cœur s'ouvre.
On se donne le droit à être Humain, à être en expérimentation, à être vrai, à être un être imparfait qui a eu dût s'adapter.
Se sentir bien, même dans l'imperfection
On n'a pas besoin d'attendre d'être « réparé » pour se sentir vivant. On n'a pas besoin d'avoir tout compris pour s'aimer. On n'a pas besoin d'avoir transcendé toutes ses mémoires pour être dans la lumière.
On peut se sentir bien en chemin. On peut goûter la paix même au cœur de la transformation. On peut se sentir digne même avec nos fragilités.
C'est cela, l'humilité, la liberté d'être.
En résumé
- On ne guérit pas en essayant de se réparer.
- On guérit en se rencontrant profondément.
- La transformation est une conséquence naturelle de l'amour et de l'écoute intérieure.
- La mémoire n'est pas un problème. Elle est une porte.
- Et chaque porte nous ramène, un peu plus, vers le centre du cœur.
Exemple vécu : La Terre intérieure qui se réchauffe
Ici je te partage un vécu pour te montrer ce que cela peut faire parfois sans qu'on ne cherche la transformation.
Un jour, en accueillant une tension au niveau du plexus, je n'ai pas cherché à la résoudre ni à la transformer. J'ai simplement respiré avec elle. Je voulais comprendre ce qu'elle portait, reconnaître la souffrance derrière le blocage, le vécu derrière la réaction. À mesure que je restais présente, sans pression, sans attente, une image est apparue d'elle-même : la planète Terre gelée.
Cette Terre représentait ma Terre intérieure : mon monde émotionnel, mes expériences vécues, mes apprentissages, mais aussi ma manière de m'incarner dans la matière, d'agir, de créer, de prendre ma place concrètement dans la vie.
La Terre est, symboliquement, notre lieu d'expérimentation. C'est là que nous vivons, que nous aimons, que nous tombons, que nous apprenons. Elle contient nos mémoires anciennes, nos émotions accumulées, nos zones vulnérables, nos ressources, nos élans, nos dons.
Le fait qu'elle soit gelée montrait un pourcentage de moi qui, un jour, a dû se protéger. Se figer pour tenir. Se refroidir pour survivre. Se couper du ressenti pour continuer à avancer.
Nous avons tous connu cela, parfois sans même nous en rendre compte : on se retient d'exprimer ce que l'on vit, on prend sur soi pour ne pas déranger, on sourit alors que quelque chose se serre à l'intérieur, on se dit « ce n'est pas grave, je vais faire avec ».
Et à force, une part de notre Terre intérieure se met en pause.
Dans l'espace du rituel, je n'ai pas cherché à la réchauffer. Je ne lui ai pas dit de changer. Je lui ai simplement donné le droit d'exister. Et des ressentis, des images qui ne s'expliquent pas sont apparues. Et, les larmes sont venues. Elles n'étaient pas des larmes de tristesse, mais des larmes qui reconnaissaient ce qui avaient été fragiles en moi.
Peu à peu, la Terre intérieure s'est remise à respirer, la glace a fondu.
Et de cette Terre vivante, une colonne de lumière s'est élevée. Une verticalité calme. Une ligne qui reliait mon plexus à mon cœur. Dans mon cœur se tenait Vénus.
Vénus : la douceur du cœur qui se rappelle
Symboliquement, Vénus représente l'amour incarné : la capacité à aimer, recevoir, pardonner, rayonner, la douceur, la beauté simple, la chaleur humaine.
Lorsque Vénus s'active en nous, ce n'est pas spectaculaire. Ce n'est pas un feu qui brûle. C'est une chaleur tranquille qui dit :
« Tu as le droit d'être comme tu es. Tu n'as rien à prouver. Tu peux respirer. Tu peux te reconnaître. »
La Terre intérieure (mon vécu, mon histoire, mes expériences dans la matière) et Vénus (mon cœur, ma capacité à aimer et me sentir aimée) se sont reliées.
Ce lien a créé un axe de dignité.
Et autour de moi, comme les branches d'un arbre qui pousse naturellement, mon champ morphique (champ énergétique au sens large, cosmique) s'est déployé. Ma présence s'est élargie.
Le sens profond de cette expérience
Cette transformation n'a pas eu lieu parce que je l'ai voulue. Elle a eu lieu parce que je n'ai pas cherché à l'obtenir.
Je n'ai pas travaillé contre ma mémoire. Je me suis tournée vers elle. Je lui ai offert de la présence, du temps, de la chaleur.
Et c'est cela qui l'a transformée.
Nous ne guérissons pas pour devenir parfaits. Nous guérissons parce que nous nous rencontrons. Parce que nous nous reconnaissons. Parce que nous nous autorisons à exister.
Cette réflexion est le miroir de mon chemin d'aujourd'hui. Je sais qu'elle se transformera, comme toute conscience vivante. Si elle rejoint ton cœur, que ce soit comme une invitation et non comme une vérité.